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Mercredi des Cendres

 
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Oceane
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Inscrit le: 02 Fév 2009
Messages: 150

MessagePosté le: Mer 25 Fév - 19:05 (2009)    Sujet du message: Mercredi des Cendres Répondre en citant

 
"Memento, homo, quia pulvis es et in pulverem reverteris" 
 
 
 
 
Citation:
 
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 6,16-21.  

Et lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre, comme les hypocrites, qui exténuent leur visage, pour faire paraître aux hommes qu'ils jeûnent; en vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense.
Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage,
afin qu'il ne paraisse pas aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est présent dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où les voleurs percent les murs et dérobent.
Mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où ni la teigne ni les vers ne consument, et où les voleurs ne percent pas les murs ni ne dérobent.
Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.
 
 
Site PER IPSUM 
http://www.peripsum.org/main.php?language=TRF&module=readings&localdate=20090225 
 
 
 
Citation:
« Au nom du Christ, nous vous le demandons,
laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5,20)



      À l'origine, dans l'Église primitive, le carême était le temps privilégié de la préparation des catéchumènes aux sacrements du baptême et de l'eucharistie qui allaient être célébrés au cours de la veillée pascale. Le carême était considéré comme le temps du devenir chrétien, lequel ne se réalise pas en un unique moment mais exige un long parcours de conversion et de renouvellement. Ceux qui étaient déjà baptisés s'unissaient à cette préparation en réveillant le souvenir du sacrement reçu et en se disposant à une communion renouvelée au Christ lors de la joyeuse célébration de Pâques. Ainsi, le carême avait, et conserve jusqu'à aujourd'hui, un caractère baptismal, dans ce sens qu'il aide à maintenir éveillée la conscience que l'être chrétien se réalise toujours comme un nouveau devenir chrétien : ce n'est jamais un fait accompli qui se trouverait derrière nous, mais un cheminement, exigeant toujours une nouvelle mise en oeuvre.

      En nous imposant les cendres sur le front, le célébrant nous dit « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière » (Gn 3,19), ou bien, répétant l'exhortation de Jésus, « Convertissez-vous et croyez à l'Évangile » (Mt 1,15). Les deux formulations constituent un unique rappel à la vérité de l'existence humaine : nous sommes des créatures limitées, des pécheurs toujours en besoin de pénitence et de conversion. Qu'il est important en notre temps d'écouter et d'accueillir ce rappel ! Lorsqu'il proclame sa complète autonomie à l'égard de Dieu, notre contemporain devient esclave de lui-même et souvent se retrouve dans une solitude désolée. L'invitation à la conversion est alors une invitation à revenir entre les bras de Dieu, Père tendre et miséricordieux, à mettre en lui notre confiance comme des enfants adoptifs régénérés par son amour... « Se convertir » veut donc dire se laisser conquérir par Jésus (Ph 3,12) et, avec lui, « retourner » au Père. La conversion implique ainsi de se mettre humblement à l'école de Jésus, et de marcher docilement sur ses traces.



Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
Audience générale du 06/02/08
(trad. DC 2398, p. 260 © copyright Libreria Editrice Vaticana)



Sit PER IPSUM
http://www.peripsum.org/main.php?language=TRF&module=commentary&localdate=20090225


 
 
 
 
 
 
Citation:
MESSAGE DE SA SAINTETÉ
BENOÎT XVI
POUR LE CARÊME 2009
 
 
 
"Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim"
(Mt 4, 1-2)
 
 

Chers frères et sœurs !

Au commencement du Carême, qui constitue un chemin d’entraînement spirituel intense, la Liturgie nous propose à nouveau trois pratiques pénitentielles très chères à la tradition biblique et chrétienne – la prière, l’aumône et le jeûne – pour nous préparer à mieux célébrer la Pâque et faire ainsi l’expérience de la puissance de Dieu qui, comme nous l’entendrons au cours de la Veillée Pascale, « triomphe du mal, lave nos fautes, redonne l’innocence aux pécheurs, la joie aux affligés, dissipe la haine, nous apporte la paix et humilie l’orgueil du monde » (Annonce de la Pâque). En ce traditionnel Message du Carême, je souhaite cette année me pencher plus particulièrement sur la valeur et le sens du c. Le Carême en effet nous rappelle les quarante jours de jeûne vécus par le Seigneur dans le désert, avant le commencement de sa mission publique. Nous lisons dans l’Evangile : « Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le démon. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim » (Mt 4,1-2). Comme Moïse avant de recevoir les Tables de la Loi, (cf. Ex 34,28), comme Élie avant de rencontrer le Seigneur sur le mont Horeb (cf. 1 R 19,8), de même Jésus, en priant et en jeûnant, se prépare à sa mission, dont le début fut marqué par une dure confrontation avec le tentateur.

Nous pouvons nous demander quelle valeur et quel sens peuvent avoir pour nous, chrétiens, le fait de se priver de quelque chose qui serait bon en soi et utile pour notre subsistance. Les Saintes Écritures et toute la tradition chrétienne enseignent que le jeûne est d’un grand secours pour éviter le péché et tout ce qui conduit à lui. C’est pourquoi, dans l’histoire du salut, l’invitation à jeûner revient régulièrement. Déjà dans les premières pages de la Sainte Écriture, le Seigneur commande à l’homme de s’abstenir de manger du fruit défendu : « Tu pourras manger de tous les arbres du jardin, mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangera pas, car le jour où tu en mangeras, certainement tu mourras. » (Gn 2,16-17). En commentant l’injonction divine, saint Basile observe que « le jeûne a été prescrit dans le paradis terrestre », et « ce premier précepte été donné à Adam ». Il conclut ainsi : « Cette défense – 'tu ne mangeras pas' – est une loi de jeûne et d’abstinence » (cf. Homélie sur le jeûne : PG 31, 163, 98). Parce que tous nous sommes appesantis par le péché et ses conséquences, le jeûne nous est offert comme un moyen pour renouer notre amitié avec le Seigneur. C’est ce que fit Esdras avant le voyage du retour de l’exil en Terre promise, quand il (...)

La suite à lire à cette page
http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/messages/lent/documents/hf_b…

 


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MessagePosté le: Mer 25 Fév - 19:05 (2009)    Sujet du message: Publicité

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Oceane
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Inscrit le: 02 Fév 2009
Messages: 150

MessagePosté le: Jeu 26 Fév - 15:18 (2009)    Sujet du message: Mercredi des Cendres Répondre en citant

Une méditation m'a semblée particulièrement adaptée à ce qui s'est produit hier, premier jour de Carême.

C'est un sermon du grand Jacques Bénigne Bossuet
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/bossuet/volume009/001.htm


PREMIER SERMON  
POUR  
LE PREMIER DIMANCHE DE CARÊME,  
SUR LES DÉMONS (a). 
Citation:
Ductus est Jesus in desertum à Spiritu, ut tentaretur à diabolo.
Jésus fut conduit par l'Esprit dans le désert, pour y être tenté par le diable. Matth., IV, 1.



Si la mort de Jésus est notre vie, si son infirmité est notre force, si ses blessures sont notre guérison, aussi pouvons-nous assurer que sa tentation est notre victoire. Ne nous persuadons pas, chrétiens, qu'il eût été permis à Satan de tenter aujourd'hui le Sauveur sans quelque haut conseil de la Providence divine. Jésus-Christ étant le Verbe, et la raison et la sapience du Père, comme toutes ses paroles sont esprit et vie, ainsi toutes ses actions sont spirituelles et mystérieuses ; tout y est intelligence, tout y est raison.


(a) Premier point. — Ce qui est donné pour ornement aux natures intelligentes leur tourne en supplice. Opération cachée de la main de Dieu.
Second point.— Envie. Espèce d'orgueil, mais qui va à ses fins par des voies cachées, parce que c'est un orgueil lâche et timide. L'orgueil naturellement se découvre, parce qu'il fait le généreux.
Jalousie des anges. Pharaon. Ezéchiel, chap. XXXII. Moyens imperceptibles du malin esprit. Tertullien. Comparaison du serpent. Tertullien.
Indépendance du diable. Saint Chrysostome. Exemples.
Troisième point. — Nos vices, plus à craindre que le diable. Exemple de Saül. Envie.

Les deux premiers sermons pour le Carême se sont suivis de près dans leur origine; car ils présentent les mêmes caractères, les mêmes idées fondamentales et les mêmes expressions; cela est si vrai que Déforis a fait de grands efforts, nous dit-il, pour foudre ces deux ouvrages eu un seul, et ses successeurs, chose incroyable, regrettent dans une note calquée sur la sienne qu'il n'y ait pas réussi. On verra que le second de ces sermons a été prêché dans le Carême de 1660, aux Minimes. Il est donc probable que le premier l'a été dans le commencement de la même année ou dans le courant de 1659.

2

Mais parce qu'il est la Sagesse incarnée qui est venue accomplir dans le monde l'ouvrage de notre salut, toute cette raison est pour notre instruction, et tous ces mystères sont pour nous sauver. Selon cette maxime, je ne doute pas que comme on vous aura exposé aujourd'hui le sens profond de cet évangile, vous n'ayez bien compris les enseignements que nous donne la tentation de Jésus. C'est pourquoi il n'est pas nécessaire que je vous entretienne par un long discours. Seulement pour satisfaire votre piété, autant qu'il plaira à notre grand Dieu m'enseigner par son Saint-Esprit, je tâcherai de vous exposer quel est cet esprit tentateur qui ose attaquer le Sauveur Jésus. Implorons les lumières célestes pour découvrir les fraudes du diable ; et contre la malice des démons demandons l'assistance de la sainte Vierge, que les anges ont toujours honorée, mais particulièrement depuis qu'un des premiers de leur hiérarchie, envoyé de la part de Dieu, la salua par ces belles paroles : Ave, Maria.

Qu'il y ait dans le monde un certain genre d'esprits malfaisants que nous appelons des démons, outre le témoignage évident des Ecritures divines, c'est une chose qui a été reconnue par le consentement commun de toutes les nations et de tous les peuples. Ce qui les a portés à cette créance, ce sont certains effets extraordinaires et prodigieux qui ne pouvaient être rapportés qu'à quelque mauvais principe et à quelque secrète vertu dont l'opération fût maligne et pernicieuse. Les histoires grecques et romaines nous parlent en divers endroits de voix inopinément entendues, et de plusieurs apparitions funèbres arrivées à des personnes très-graves et dans des circonstances qui les rendent très-assurées. Et cela se confirme encore par cette noire science de la magie , à laquelle plusieurs personnes trop curieuses se sont adonnées dans toutes les parties de la terre. Les Chaldéens et les sages d'Egypte, et surtout cette secte de philosophes indiens que les Grecs appellent gymnosophistes, étonnaient les peuples par diverses illusions et par des prédictions trop précises pour venir purement par la connaissance des astres. Ajoutons-y encore certaines agitations et des esprits et des corps, que les païens mêmes attribuaient

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à la vertu des démons, comme vous le verrez par une observation que nous en ferons en la dernière partie de cet entretien. Ces oracles trompeurs, et ces mouvements terribles des idoles, et les prodiges qui arrivaient dans les entrailles des animaux, et tant d'autres accidents monstrueux des sacrifices des idolâtres, si célèbres dans les auteurs profanes, à quoi les attribuerons-nous, chrétiens, sinon à quelque cause occulte qui se plaisant d'entretenir les hommes dans une religion sacrilège par des miracles pleins d'illusion, ne pouvait être que malicieuse ? Si bien que les sectateurs de Platon et de Pythagore, qui du commun consentement de tout le monde sont ceux qui de tous les philosophes ont eu les connaissances les plus relevées et qui ont recherché plus curieusement les choses surnaturelles, ont assuré comme une vérité très-constante qu'il y avait des démons, des esprits d'un naturel obscur et malicieux, jusque-là qu'ils ordonnaient certains sacrifices pour les apaiser et pour nous les rendre favorables. Ignorants et aveugles qu'ils étaient, qui pensaient éteindre par leurs victimes cette haine furieuse et implacable que les démons ont conçue contre le genre humain, comme je vous le ferai voir en son temps. Et l'empereur Julien l'Apostat, lorsqu'en haine de la religion chrétienne il voulut rendre le paganisme vénérable, voyant que nos pères en avoient découvert trop manifestement la folie, il s'avisa d'enrichir de mystères son impie et ridicule religion ; il observait exactement les abstinences et les sacrifices que ces philosophes avoient enseignés; il les voulait faire passer pour de saintes et mystérieuses institutions tirées des vieux livres de l'Empire et de la secrète doctrine des platoniciens. Or ce que je vous dis ici de leurs sentiments, ne vous persuadez pas que ce soit pour appuyer ce que nous croyons par l'autorité des païens. A Dieu ne plaise que j'oublie si fort la dignité de cette chaire et la piété de cet auditoire, que de vouloir établir par des raisons et des autorités étrangères ce qui nous est si manifestement enseigné par la sainte parole de Dieu et par la tradition ecclésiastique; mais j'ai cru qu'il ne serait pas inutile de vous faire observer en ce lieu que la malignité des démons est si grande, qu'ils n’ont pu la dissimuler, et qu'elle a même été découverte par les

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idolâtres, qui étaient leurs esclaves et dont ils étaient les divinités.
D’entreprendre maintenant de prouver qu'il y a des démons par le témoignage des saintes Lettres, ne serait-ce pas se donner une peine mutile, puisque c'est une vérité si bien reconnue et qui nous est attestée dans toutes les pages du Nouveau Testament? Partant, pour employer à quelque instruction plus utile le peu de temps que nous nous sommes prescrit, j'irai avec l'assistance divine reconnaître cet ennemi qui s'avance si résolument contre nous, pour vous faire un rapport fidèle de sa marche et de ses desseins. Je vous dirai en premier lieu, avec les saints Pères, de quelle nature sont ces esprits malfaisants, quelles sont leurs forces, quelles sont leurs machines. Après je tâcherai de vous exposer les causes qui les ont mus à nous déclarer une guerre si cruelle et si sanglante. Et comme j’espère que Dieu me fera la grâce de traiter ces choses, non par des questions curieuses, mais par une doctrine solidement chrétienne, il ne sera pas malaisé d'en tirer une instruction importante, en faisant voir de quelle sorte nous devons résister à cette nation de démons conjurés à notre ruine.


PREMIER  POINT. 
 
Chaque créature a ses caractères propres avec ses qualités et ses excellences. Ainsi la terre a sa ferme et immuable solidité, et l’eau sa liquidité transparente, et le feu sa subtile et pénétrante chaleur. Et ces propriétés spécifiques des choses sont comme des bornes qui leur sont données pour empêcher qu'elles ne soient confondues. Mais Dieu étant une lumière infinie, il ramasse en l’unité simple et indivisible de son essence toutes ces diverses perfections qui sont dispersées deçà et delà dans le monde ; toutes choses se rencontrent en lui d'une manière très-éminente ; et c'est de cette source, que la beauté et la grâce sont dérivées dans les créatures, d’autant que cette première beauté a laissé tomber sur les créatures un éclat et un rayon de soi-même. Nous voyons bien toutefois, chrétiens, qu'elle ne s'est pas toute jetée en un lieu, mais qu’elle s’est répandue par divers degrés, descendant peu à peu depuis les ordres supérieurs jusqu'au dernier étage de la nature. Ce que nous observerons aisément, si nous prenons

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garde qu'au-dessus des choses insensibles et inanimées Dieu a établi la vie végétante, et un peu plus haut le sentiment, au-dessus duquel nous voyons présider la raison humaine d'une immortelle vigueur, attachée néanmoins à un corps mortel. Si bien que notre grand Dieu pour achever l'univers, après avoir fait sur la terre une âme spirituelle dans des organes matériels, il a créé aussi dans le ciel des esprits dégagés de toute matière, qui vivent et se nourrissent d'une pure contemplation. C'est ce que nous appelons les anges, que Dieu a divisés en leurs ordres et hiérarchies, et c'est de cette race que sont les démons.
Après cela, qu'est-il nécessaire que je vous fasse voir par de longs discours la dignité de leur nature? Si Dieu est la souveraine perfection, ou plutôt s'il est toute perfection, comme nous vous le disions tout à l'heure, n'est-ce pas une vérité très-constante que les choses sont plus ou moins parfaites, selon qu'elles approchent plus ou moins de cette essence infinie? Et les anges ne sont-ils pas parmi toutes les créatures celles qui semblent toucher de plus près à la Majesté divine? Puisque Dieu les a établis dans l'ordre suprême des créatures pour être comme sa Cour et ses domestiques , c'est une chose assurée que les dons naturels dont nous avons reçu quelques petites parcelles, la munificence divine les a répandus comme à main ouverte sur ces belles intelligences. Et de même que ce qui nous paraît quelquefois de si subtil et si inventif dans les animaux, n'est qu'une ombre des opérations immortelles de l'intelligence des hommes ; ainsi pouvons-nous dire en quelque sorte que les connaissances humaines ne sont qu'un crayon imparfait de la science de ces esprits purs, dont la vie n'est que raison et intelligence. Vous trouverez étrange peut-être que je donne de si grands éloges aux anges rebelles et déserteurs; mais souvenez-vous, s'il vous plaît, que je parle de leur nature, et non pas de leur malice, de ce que Dieu les a faits, et non pas de ce qu'ils se sont faits eux-mêmes. J'admire dans les anges damnés les marques de la puissance et de la libéralité de mon Dieu ; et ainsi c'est le Créateur que je loue, pour confondre l'ingratitude de ses ennemis.
Mais il s'élève ici une grande difficulté. Hélas ! comment s'est-il pu faire que des créatures si excellentes se soient révoltées

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contre Dieu ? Que nous autres pauvres mortels, abîmés dans une profonde ignorance, accablés de cette masse de chair, agités de tant de convoitises brutales, nous abandonnions si souvent le chemin difficile de la loi de Dieu, bien que ce soit une grande insolence, ce n'est pas un événement incroyable. Mais que ces intelligences pleines de lumières divines, elles dont les connaissances sont si distinctes et les mouvements si paisibles, qui n'ont pas comme nous à combattre mille ennemis domestiques, qui étant indivisibles et incorporelles, n'ont pas comme nous des membres mortels où la loi du péché domine : qu'elles se soient retirées de Dieu, encore qu'elles sussent très-bien qu'il était leur souveraine béatitude, c'est, mes frères, ce qui est terrible, c'est ce qui m'étonne et ce qui m'effraie, c'est par où je reconnais très-évidemment que toutes les créatures sont bien peu de chose.
Les fols marcionites et les manichéens encore plus insensés, émus de cette difficulté, ont cru que les démons étaient méchants par nature; ils n'ont pu se persuader que s'ils eussent jamais été bons, ils eussent pu se séparer de Dieu volontairement, et de là ils concluaient que la malice était une de leurs qualités naturelles. Mais cette extravagante doctrine est très-expressément réfutée par un petit mot du Sauveur, qui parlant du diable, en saint Jean, ne dit pas qu'il a été créé dans le mensonge, mais « qu'il n'est pas demeuré dans la vérité : » In veritate non stetit (1). Que s'il n'y est pas demeuré, il y avait donc été établi ; et s'il en est tombé, ce n'est pas un vice de sa nature, mais une dépravation de sa volonté. Pourquoi vous tourmentez-vous, ô marcionites, à chercher la cause du mal dans un principe mauvais qui précipite les créatures dans la malice? Ne comprenez-vous pas que Dieu étant lui seul la règle des choses, il est aussi le seul qui ne peut être sujet à faillir : et sans avoir recours à aucune autre raison, n'est-ce pas assez de vous dire que les anges étaient créatures, pour vous faire entendre très-évidemment qu'ils n'étaient pas impeccables ?
Dieu est tout, ainsi qu'il disait à Moïse : « Je te montrerai tout bien, quand je te manifesterai mon essence (2). » Et puisqu'il est tout, il s'ensuit très-évidemment que les créatures ne sont rien

1 Joan., VIII, 44. — 2 Exod., XXXIII, 19.

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d'elles-mêmes; elles ne sont autre chose que ce qu'il plait à Dieu de les faire. Ainsi le néant est leur origine, c'est l'abîme dont elles sont tirées par la seule puissance de Dieu : de sorte que ce n'est pas merveille si elles retiennent toujours quelque chose de cette basse et obscure origine, et si elles retombent aisément dans le néant par le péché qui les y précipite. C'est ce que nous explique le grave Tertullien par une excellente comparaison : « De même qu'une peinture, bien qu'elle représente tous les linéaments de l'original, ne saurait exprimer sa vigueur, étant destituée de vie et de mouvement ; ainsi, dit ce grand personnage, les natures spirituelles et raisonnables expriment en quelque sorte la raison et l'intelligence de Dieu, parce qu'elles sont ses images; mais elles ne peuvent jamais exprimer sa force, qui est le bonheur de ne pouvoir pécher : » Imago, cùm omnes lineas exprimat veritatis, vi tamen ipsâ caret, non habem motum ; ita et anima imago Spiritûs solam vim ejus exprimere non valuit, id est, non delinquendi felicitatem (1). De là il est arrivé que les anges rebelles se sont endormis en eux-mêmes dans la complaisance de leur beauté : la douceur de leur liberté les a trop charmés; ils en ont voulu faire une épreuve malheureuse et funeste ; et déçus par leur propre excellence, ils ont oublié la main libérale qui les avait comblés de ses grâces. L'orgueil insensiblement s'est emparé de leurs puissances; ils n'ont plus voulu reconnaître Dieu; et quittant cette première bonté, qui n'ôtait pas moins l'appui nécessaire de leur bonheur que le seul fondement de leur être, tout est allé en ruine. Ainsi donc il ne faut pas s'étonner si d'anges de lumière ils ont été faits esprits de ténèbres, si d'enfants ils sont devenus déserteurs, et si de chantres divins qui par une mélodie éternelle devaient célébrer les louanges de Dieu, ils sont tombés à un tel point de misère que de s'adonner à séduire les hommes. Dieu l'a permis de la sorte afin que nous reconnussions dans les diables ce que peut le libre arbitre des créatures quand il s'écarte de son principe, pendant qu'il fait éclater dans les anges et dans les hommes prédestinés ce que peut sa miséricorde et sa grâce toute-puissante.
Voilà, voilà, mes frères, les ennemis que nous avons à combattre,

1 Lib. II Advers. Marcion., n. 9.

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autant malins à présent comme ils étaient bons dans leur origine, autant redoutables et dangereux comme ils étaient puissants et robustes. Car ne vous persuadez pas que pour être tombés de si haut, ils aient été blessés dans leur disposition naturelle. Tout est entier en eux, excepté leur justice et leur sainteté, et conséquemment leur béatitude. Du reste cette action vive et vigoureuse, cette ferme constitution, cet esprit délicat et puissant, et ces vastes connaissances leur sont demeurées, et en voici la solide raison que la théologie nous apprend.
Le bonheur des créatures raisonnables ne consiste ni dans une nature excellente, ni dans un sublime raisonnement, ni dans la force, ni dans la vigueur, mais seulement à s'unir à Dieu. Quand donc elles se séparent de Dieu, comment est-ce qu'il les punit? En se retirant lui-même de ces esprits ingrats et superbes ; et par là tous leurs dons naturels, toutes leurs connaissances, tout leur pouvoir, en un mot tout ce qui leur servait d'ornement, leur tourne aussitôt en supplice : ce qui leur arrive, fidèles, selon cette juste, mais terrible maxime, que « chacun est puni par les choses par lesquelles il a péché : » Per quœ peccat quis, per hœc et torquetur (1). O anges inconsidérés, vous vous êtes soulevés contre Dieu, vous avez abusé de vos qualités excellentes, elles vous ont rendus orgueilleux. L'honneur de votre nature qui vous a enflés, ces belles lumières par lesquelles vous vous êtes séduits, elles vous seront conservées ; mais elles vous seront un fléau et un tourment éternel; vos perfections seront vos bourreaux, et votre enfer ce sera vous-même. Comment cela arrivera-t-il, chrétiens? Par une opération occulte de la main de Dieu, qui se sert comme il lui plaît de ses créatures, tantôt pour la jouissance d'une souveraine félicité, tantôt pour l'exercice de sa juste et impitoyable vengeance. C'est pourquoi l'Apôtre nous crie dans l’Epître aux Ephésiens: « Revêtez-vous, mes frères, des armes de Dieu, parce que nous n'avons point à combattre contre la chair ni le sang (2), » ni contre des puissances visibles.
Pénétrons la force de ces paroles. Ne voyez-vous pas, chrétiens, que dans toutes les choses corporelles, outre la partie agissante,

1 Sap., XI, 17. — 2 Ephes., VI, 11, 12.

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il y en a une autre qui ne fait que souffrir, que nous appelons la matière ? De là vient que toutes les actions des choses que nous voyons ici-bas, si nous les comparons aux actions des esprits angéliques, paraîtront languissantes et engourdies, à cause de la matière qui ralentit toute leur vigueur. Mais les ennemis que nous avons à combattre, ce n'est pas, dit l'Apôtre, la chair et le sang : les puissances qui s'opposent à nous, sont des esprits purs et incorporels; tout y est actif, tout y est nerveux; et si Dieu ne retenait leur fureur, nous les verrions agiter ce monde avec la même facilité que nous tournons une petite boule. « Ce sont en effet les princes du monde, dit le saint Apôtre ; ce sont des malices spirituelles, » spiritualia nequitiœ; où il suppose manifestement que leurs forces naturelles n'ont point été altérées , mais que par une rage désespérée ils les ont toutes converties en malice pour les causes que je m'en vais vous déduire.
Cependant reconnaissons, chrétiens, que ni les sciences, ni le grand esprit, ni les autres dons de nature ne sont pas des avantages fort considérables, puisque Dieu les laisse entiers aux diables ses capitaux ennemis, et par cela même les rend non-seulement malheureux, mais encore infiniment méprisables (a) : de sorte que nonobstant toutes ces qualités éminentes, misérables et impuissants que nous sommes, nous leur semblons dignes d'envie, seulement parce qu'il plaît à notre grand Dieu de nous regarder en pitié, comme vous le verrez tout à l'heure. O importante réflexion par laquelle il me serait aisé, ce me semble , avec l'assistance divine, de vous porter à profiter de l'exemple de ces esprits dévoyés (b), si la brièveté que je vous ai promise ne m'obligeait à passer à la seconde partie de cet entretien, qui vous expliquera les raisons pour lesquelles ces anges rebelles nous persécutent si cruellement et avec cette haine irréconciliable. Rendez-vous, s'il vous plaît, attentifs.

(a) Var. : Et même qu'il en tire leur châtiment. — (b) Et sur cette importante réflexion, je vous exhorterais de toute l'affection de mon cœur à profiter de l’exemple.....

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SECOND  POINT. 
 
Le péché de Satan a été une insupportable arrogance, suivant ce qui est écrit en Job, que « c'est lui qui domine sur tous les enfants d'orgueil : » Ipse est rex super universos filios superbiœ (1). Or le propre de l'orgueil, c'est de s'attribuer tout à soi-même, et par là les superbes se font eux-mêmes leurs dieux, secouant le joug de l'autorité souveraine. C'est pourquoi le diable s'étant enflé par une arrogance extraordinaire, les Ecritures ont dit qu'il avait affecté la divinité. « Je monterai, dit-il, et placerai mon trône au-dessus des astres, et je serai semblable au Très-Haut (2). » Mais Dieu qui résiste aux superbes (3), voyant ses pensées arrogantes et que son esprit, emporté d'une téméraire complaisance de ses propres perfections, ne pouvait plus se tenir dans les sentiments d'une créature, du souffle de sa bouche le précipita au fond des abîmes. Il tomba du ciel ainsi qu'un éclair, frémissant d'une furieuse colère ; et assemblant avec lui tous les compagnons de son insolente entreprise, il conspira avec eux de soulever contre Dieu toutes les créatures. Mais non content de les soulever, il conçut dès lors l'insolent dessein de soumettre tout le monde à sa tyrannie ; et voyant que Dieu par sa providence avait rangé toutes les créatures sous l'obéissance de l'homme, il l'attaque au milieu de ce jardin de délices où il vivait si heureusement dans son innocence ; il tâche de lui inspirer ce même orgueil dont il était possédé , et à notre malheur, chrétiens, il réussit comme vous le savez. Ainsi, selon la maxime de l'Evangile, «l'homme étant dompté par le diable, il devint incontinent son esclave : » A quo enim quis superatus est, hujus et servus est (4). Et le monarque du monde étant surmonté par ce superbe vainqueur, tout le monde passa sous ses lois. Enflé de ce bon succès et n'oubliant pas son premier dessein de s'égaler à la nature divine, il se déclare ouvertement le rival de Dieu ; et tâchant de se revêtir de la majesté divine, comme il n'est pas en son pouvoir de faire de nouvelles créatures pour les opposer à son Maître, que fait-il ? « Du moins il adultère tous les

1 Job., XLI, 25. — 2 Isa., XIV, 13, 14. — 3 Jacob., IV, 6. — II Petr., II, 19.

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ouvrages de Dieu, dit le grave Tertullien (1) ; il apprend aux hommes à en corrompre l'usage ; et les astres et les éléments, et les plantes et les animaux, il tourne tout en idolâtrie; » il abolit la connaissance de Dieu, et par toute l'étendue de la terre il se fait adorer en sa place, suivant ce que dit le prophète : « Les dieux des nations, ce sont les démons (2). » C'est pourquoi le Fils de Dieu l'appelle « le prince du monde (3), » et l'Apôtre « le gouverneur des ténèbres (4) ; » et ailleurs avec plus d'énergie, « le dieu de ce siècle, » deus hujus sœculi (5).
J'apprends aussi de Tertullien que non-seulement les démons se faisaient présenter devant leurs idoles des vœux et des sacrifices, le propre tribut de Dieu, mais qu'ils les faisaient parer des robes et des ornements dont se revêtaient les magistrats, et faisaient porter devant eux les faisceaux et les bâtons d'ordonnance et les autres marques d'autorité publique, parce qu'en effet, dit ce grand personnage, « les démons sont les magistrats du siècle : » Dœmones sunt magistratus sœculi (6). Et à quelle insolence, mes frères, ne s'est pas porté ce rival de Dieu? Il a toujours affecté de faire ce que Dieu faisait, non pas pour se rapprocher en quelque sorte de la sainteté, c'est sa capitale ennemie, mais comme un sujet rebelle qui par mépris ou par insolence affecte la même pompe que son souverain : Ut Dei domini placita cum contumeliâ affectans (7). Dieu a ses vierges qui lui sont consacrées, et le diable n'a-t-il pas eu ses vestales? N'a-t-il pas eu ses autels et ses temples, ses mystères et ses sacrifices, et les ministres de ses impures cérémonies qu'il a rendues autant qu'il a pu semblables à celles de Dieu; pour quelle raison, fidèles? Parce qu'il est jaloux de Dieu et veut paraître en tout son égal. Dieu dans la nouvelle alliance régénère ses enfants par l'eau du baptême, et le diable faisait semblant de vouloir expier leurs crimes par diverses aspersions; il promettait aux siens une régénération, comme le rapporte Tertullien (8), et il se voit encore quelques monuments publics où ce terme est employé dans ses profanes mystères. L'Esprit de Dieu au commencement

1 De Idololat., n. 4; De Spect., n. 2. — 2 Psal. XCV, 5. — 3 Joan., XIV, 30. — 4 Ephes., VI, 12.— 5 II Cor., IV, 4.— 6 De Idololat., n. 18.—7 Tertull., Ad Uxor., n. 8, p. 186. — 8 Lib. De Bapt., n. 5.

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était porté sur les eaux; et « le diable, dit Tertullien, se plaît à se reposer dans les eaux : » Immundi spiritus aquis incubant (1) ; dans les fontaines cachées, et dans les lacs, et dans les ruisseaux souterrains. Et l'Eglise de l'antiquité étant imbue de cette créance, nous a laissé cette forme que nous observons encore aujourd'hui, d'exorciser les eaux baptismales. Dieu par son immensité remplit le ciel et la terre ; « le diable par ses anges impurs occupe autant qu'il peut toutes les créatures (2). » Et de là vient cette coutume des premiers chrétiens, de les purger et de les sanctifier par le signe de la croix comme par une espèce de saint exorcisme.
Ce lui est à la vérité un sujet d'une douleur enragée, de ce qu'il voit que toutes ses entreprises sont vaines, et que bien loin de pouvoir parvenir à égaler la nature divine, comme il l'avait témérairement projeté, il faut qu'il ploie malgré qu'il en ait sous la main toute-puissante de Dieu ; mais il ne désiste pas pour cela de sa fureur obstinée. Au contraire considérant que la majesté de Dieu est inaccessible à sa colère, il décharge sur nous, qui en sommes les images vivantes, toute l'impétuosité de sa rage, comme on voit un ennemi impuissant, qui ne pouvant atteindre celui qu'il poursuit, repaît en quelque façon son esprit d'une vaine imagination de vengeance en déchirant sa peinture. Ainsi en est-il de Satan. Il remue le ciel et la terre pour susciter des ennemis à Dieu parmi les hommes qui sont ses enfants; il tâche de les engager tous dans son audacieuse et téméraire rébellion (a), pour les faire compagnons et de ses erreurs et de ses tourments. Il croit par là se venger de Dieu. Comme il n'ignore pas qu'il n'y a point pour lui de ressource (6), il n'est plus capable que de cette maligne joie qui revient à un méchant d'avoir des complices, et à un esprit mal fait de voir des malheureux et des affligés. Furieux et désespéré, il ne songe plus qu'à tout perdre après s'être perdu lui-même, et envelopper tout le monde avec lui dans une commune ruine.
Et ne croyez pas, chrétiens, qu'il nous donne jamais aucun

1 Tertull., De Bapt., n. 5. — 2 Tertull., De Spect., n. 8.
(a) Var.: Dans sa malheureuse rébellion.— (b) Qu'il ne peut y avoir pour lui...

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relâche. Tous les esprits angéliques, comme remarque très-bien le grand saint Thomas, sont très-arrêtés dans leur entreprise. Car au lieu que les objets ne se présentent à nous qu'à demi, si bien que par de secondes réflexions nous avons de nouvelles vues qui nous font changer très-souvent tout l'ordre de nos desseins, les anges au contraire, dit saint Thomas (1), embrassent tout leur objet du premier regard, avec toutes ses circonstances; et partant leur résolution est fixe et déterminée, mais particulièrement celle de Satan est puissamment appliquée à notre ruine. Son esprit entreprenant et audacieux, fortifié par tant de succès et envenimé par une haine mortelle et invétérée, l'incite jour et nuit contre nous. C'est pourquoi les Ecritures nous le dépeignent comme un ennemi toujours vigilant, qui rôde sans cesse aux environs pour tâcher de nous dévorer (2). Lorsque par la grâce de Dieu nous l'avons chassé de nos âmes, c'est alors qu'il s'anime le plus. En voulez-vous une preuve évidente de la bouche même de Notre-Seigneur? « L'esprit immonde sortant de l'homme va chercher du repos, dit le Fils de Dieu dans son Evangile (3), et n'en trouve pas. » C'est que l'esprit humain est la seule retraite où il semble se rafraîchir, parce que du moins il y contente sa haine. Voyez les fols amoureux du siècle : comme ils sont patients et persévérants dans leurs convoitises brutales! Or ce vieux adultère, dit saint Augustin (4), n'a point d'autres délices que de corrompre les âmes pudiques; ainsi ne vous étonnez pas si ses poursuites sont opiniâtres (a). Ayant bien eu l'insolence de traiter d'égal avec Dieu, il croit qu'il ne lui sera pas difficile d'abattre une créature impuissante. Et si renversé comme il est par le bras de Dieu dans les gouffres éternels, remarquez ce raisonnement, chrétiens, il ne cesse néanmoins par une vaine opiniâtreté de traverser autant qu'il peut les desseins de sa providence; s'il se roidit avec tant de fermeté contre Dieu, bien qu'il sache que tous ses efforts seront inutiles, que n'entreprendra-t-il pas contre nous dont il a si souvent expérimenté la faiblesse? Ainsi je vous avertis, mes chers frères, de vous défier

1 I part., Quœst.  LVIII, art.  3. — 2 I Petr., V, 8. — 3 Luc, XI, 24. — 4 Psal. XXXIX, n. 1.
(a) Var. : Et c'est pour cette raison que ses poursuites sont opiniâtres.

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toujours de cet ennemi. Quand même vous le surmontez, vous ne domptez pas son audace, mais vous enflammez son indignation : Tunc plurimùm accenditur, cùm extinguitur, dit Tertullien (1) : « Quand on l'éteint, c'est alors qu'il s'allume. » Il veut dire que ce superbe, cet audacieux ne croira jamais que vous soyez capables de lui résister; et plus vous ferez d'efforts, plus il dressera contre vous ses diverses et furieuses machines.
Vous vous imaginez peut-être, fidèles, que s'il est si audacieux, il vous attaquera par la force ouverte. Ah ! qu'il n'en est pas de la sorte! Il est vrai, c'est l'ordinaire des orgueilleux d'exercer ouvertement leurs inimitiés ; mais l'inimitié de Satan n'est pas d'une nature vulgaire, elle est mêlée d'une noire envie qui le ronge éternellement. Il ne peut souffrir que nous vivions dans l'espérance de la félicité qu'il a perdue, que Dieu par sa grâce nous égale aux anges, que son Fils se soit revêtu d'une chair humaine pour nous faire des hommes divins. Il enrage quand il considère que les serviteurs de Jésus, hommes misérables et pécheurs, assis dans des trônes augustes, le jugeront à la fin des siècles avec les anges ses sectateurs. Cette envie le brûle plus que ses flammes. C'est, mes frères, ce qui lui fait embrasser les fraudes et les tromperies, parce que l'envie, comme vous savez, est une passion froide et obscure, qui ne parvient à ses fins que par de secrètes menées. Et c'est par là que Satan est infiniment redoutable; ses finesses sont plus à craindre que ses violences. De même qu'une vapeur pestilente se coule au milieu des airs, et imperceptible à nos sens insinue (a) son venin dans nos cœurs; ainsi cet esprit malin par une subtile et insensible contagion corrompt la pureté de nos âmes. Nous ne nous apercevons pas qu'il agisse en nous, parce qu'il suit le courant de nos inclinations. Il nous pousse et il nous précipite du côté qu'il nous voit pencher : il ne cesse d'enflammer nos premiers désirs, jusqu'à tant que par ses suggestions il les fasse croître en passions violentes. Si nous avons commencé à aimer, de fols il nous rend furieux ; si l'avarice nous inquiète, il nous représente un avenir toujours incertain, il étonne notre âme

1 Lib. De Pœnit., n. 7.
(a) Var. : Inspire.

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timide par des objets de famine et de guerre. Sa malice est spirituelle et ingénieuse ; il trompe les plus déliés. Sa haine désespérée et sa longue expérience le rendent de plus en plus inventif; il se change en toutes sortes de formes; et cet esprit si beau, orné de tant de connaissances si ravissantes, parmi tant de merveilleuses conceptions, n'estime et ne chérit que celles qui lui servent à renverser l'homme : Operatio eorum est hominis eversio (1).
Voulez-vous, pour une plus ample confirmation, que je vous fasse voir en raccourci dans notre évangile tout ce que je viens de vous dire ? Il transporte le Fils de Dieu sur le pinacle du temple, il lui représente en un seul instant tous les royaumes du monde. Qui n'admirerait sa puissance? et le Fils de Dieu le permet de la sorte, afin que nous comprenions ce qu'il pourrait faire sur nous, si Dieu nous abandonnait à sa violence. Jugez, s'il vous plaît, de sa haine et de son orgueil tout ensemble par le conseil qu'il donne à notre Sauveur, de se prosterner à ses pieds et de l'adorer ; conseil pernicieux et insolence inouïe. D'ailleurs pou voit-il prendre un dessein plus plausible à l'égard de Notre-Seigneur, que de le tenter de gourmandise après un jeune de quarante jours, et de vaine gloire après une action d'une patience héroïque? Ce sont ses finesses et ses artifices. Mais ce qui nous paraît plus évidemment est son opiniâtreté. Surmonté par trois fois, il ne peut encore perdre courage : Recessit ab illo usque ad tempus (1), remarque le texte sacré : « Il le laisse, dit-il, pour un temps, » non point fatigué ni désespérant de le vaincre, mais attendant une heure plus propre et une occasion plus pressante, usque ad tempus. O Dieu! que dirons-nous ici, chrétiens? Si une résistance si vigoureuse ne ralentit pas sa fureur, quand pourrons-nous espérer de trêve avec lui? Et si la guerre est continuelle, si cet ennemi irréconciliable veille sans cesse à notre ruine, comment pourrons-nous résister, faibles et impuissants que nous sommes? Toutefois, fidèles, ne le craignez pas. Cet ennemi redoutable, il redoute lui-même les chrétiens. Il tremble au seul nom de Jésus; et malgré son orgueil et son arrogance, il est forcé par une secrète vertu de respecter ceux qui portent sa marque : c'est ce que vous allez voir par un beau

1 Tertull., Apolog., n. 22. — 2 Luc, IV, 13.

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passage du grand Tertullien, d'où je tirerai une instruction importante, qui sera le fruit de tout ce discours.
Le grave Tertullien, dans ce merveilleux Apologétique qu'il a fait pour la religion chrétienne, avance une proposition bien hardie aux juges de l'empire romain, qui procédaient contre les chrétiens avec une telle inhumanité (1). Après leur avoir reproché que tous leurs dieux c'étaient des démons, il leur donne le moyen de s'en éclaircir par une expérience bien convaincante. Que l'on produise, dit-il, devant vos tribunaux, je ne veux pas que ce soit une chose cachée, devant vos tribunaux et à la face de tout le monde, que l'on produise un homme notoirement possédé du diable; il dit notoirement possédé, et que ce soit une chose constante; après, que l'on fasse venir quelque fidèle, qu'il commande à cet esprit de parler; s'il ne vous dit tout ouvertement ce qu'il est, s'il n'avoue publiquement que lui et ses compagnons sont les dieux que vous adorez ; si, dis-je, il n'avoue ces choses n'osant mentir à un chrétien, là même sans différer, sans aucune nouvelle procédure, faites mourir ce chrétien impudent, qui n'aura pu soutenir par l'effet une promesse si extraordinaire. Ah! mes frères, quelle joie à des chrétiens d'entendre une telle proposition faite si hautement et avec une telle énergie par un homme si posé et si sérieux, et vraisemblablement de l'avis de toute l'Eglise dont il soutenait l'innocence! Quoi donc! cet esprit trompeur et ce père de mensonge n'ose mentir à un chrétien ! devant un chrétien ce front de fer s'amollit, et forcé par la parole d'un fidèle, il dépose son impudence ; et les chrétiens sont si assurés de le faire obéir, qu'ils s'y engagent au péril de leur vie, en présence de leurs propres juges! Eh! pourquoi craindrions-nous un ennemi si faible et si impuissant? C'est la même foi que nous professons, c'est le même Jésus que nous adorons, c'est la même parole de Dieu que nous avons toujours à la bouche; et si le diable est puissant contre nous, il ne le faut attribuer qu'au dérèglement de nos mœurs, qu'à notre vie toute séculière et toute païenne, qu'à la dureté de nos cœurs pour les saintes vérités du christianisme. C'est pourquoi je ne m'étonne pas si le diable nous est dépeint dans les

1 Apolog., n. 23.

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Ecritures tantôt fort et tantôt faible. « C'est un lion rugissant. » dit saint Pierre (1) : y a-t-il rien de plus terrible? « Mais, dit saint Jacques (2), résistez-lui, et il s'enfuira. » Se peut-il une plus grande faiblesse? En effet il n'est fort, chrétiens, que par notre lâche condescendance; et si, au lieu de lui tendre les mains volontairement, nous avions soin de les fortifier par les armes que Jésus notre maître nous a données, ce loup affamé avec sa rage et ses artifices n'aurait qu'une fureur inutile. Et pour vous dire des choses convenables au temps où nous sommes, le jeune, mes frères, le jeune célébré selon l'intention de l'Eglise, c'est un rempart invincible contre ses attaques.
Vous me direz peut-être que c'est dans le jeune qu'il présente le combat au Sauveur avec une plus grande furie. Mais prenez garde, mes frères, que si c'est dans le jeune que cet ennemi fait ses efforts les plus redoutables, c'est aussi dans le jeune que Jésus notre capitaine a daigné nous faire paraître sa victoire la plus glorieuse, pour nous apprendre par son exemple que ce sera toujours en vain que le diable entreprendra contre nous, quand nous serons armés par le jeûne et par l'abstinence.
        Et pour vous en convaincre davantage, remettez, s'il vous plaît, en votre mémoire ce que je vous disais tout à l'heure, que c'est une envie furieuse qui enflamme les démons contre nous. Ils voient qu'étant leurs inférieurs par nature, nous les passons de beaucoup par la grâce ; ils ne sauraient considérer sans un déplaisir extrême que, dans des membres mortels, nous puissions par la miséricorde divine approcher de la pureté des substances incorporelles. Et comme ce qui élève les bons chrétiens presque à l'égalité des saints anges, c'est que, dédaignant le commerce du corps, ils conversent en esprit dans le ciel, ces malins et ces envieux ne tâchent qu'à les abîmer dans la chair, afin d'en faire des bêtes brutes, au lieu qu'en s'élevant au-dessus de cette masse du corps, ils entrent en société avec les intelligences célestes. C'est pourquoi la sainte Eglise de Dieu voulant purifier nos âmes de l'attachement excessif qu'elles ont au corps, nous ordonne une salutaire abstinence. Ce que nous perdons pour la chair, nous le

1 Petr., V, 8. — 2 Jacob., IV, 7.

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gagnons pour l'esprit; le jeune fortifie et engraisse l’âme; et autant que nous assujettissons nos corps par la mortification et la pénitence, autant diminuons-nous les forces de notre irréconciliable ennemi.
Par conséquent, mes frères, embrassons avec grand courage cette pénitence de quarante jours pour les péchés de toute l'année. Certes puisque nous offensons tous les jours, aucun moment de notre vie ne devrait être exempt de l'exercice de la pénitence. Mais puisque la sainte Eglise a choisi particulièrement ce temps pour nous recueillir en nous-mêmes, faisons pénitence sans murmurer. Ne nous plaignons pas des incommodités du Carême. C'est par la mortification et la patience, et non pas par les voluptés et par les délices que nous désarmerons et le diable et ses satellites. Et que ne dirai-je donc point de ces délicats à qui la moindre peine fait tomber incontinent le courage, qui par des excuses frivoles méprisent l'observation d'un jeune si universel, ou bien qui vivent de sorte que s'ils jeûnent de corps, ils abhorrent le jeune en esprit?

    O ignorance! ô brutalité! Dieu par sa miséricorde, mes frères, nous donne de meilleurs sentiments. Jeûnons et d'esprit et de corps. Comme nous ôtons pour un temps à notre corps sa nourriture ordinaire, ôtons aussi à notre aine les vanités dont nous la repaissons tous les jours. Retirons-nous un peu des conversations et des divertissements mondains. Modérons et nos ris et nos jeux. C'est là le vrai jeûne de l’âme, qui lui fait trouver une nourriture solide dans la méditation des choses célestes. Sanctifions le jeûne par l'oraison, purifions l'oraison par le jeûne. L'oraison est plus pure qui vient d'un corps exténué et d'une âme dégoûtée des plaisirs sensibles. Ainsi nous serons terribles aux diables. Voyez les petits enfants : quand il leur paraît quelque chose qui leur semble hideux et terrible, aussitôt ils se cachent au sein de leur mère. Ainsi considérons, chrétiens, cette bête farouche qui nous menace, jetons-nous par l'oraison entre les bras de notre bon Père ; nous serons à couvert et en assurance, nous verrons notre ancien ennemi consumer sa rage par de vains efforts; et soulevés sur ces deux ailes du jeûne et de l'oraison que nous soutiendrons par l'aumône, au lieu de succomber aux attaques des esprits

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rebelles et dévoyés; nous irons remplir les places qu'ils ont laissées vacantes au ciel par leur infâme désertion. Dieu nous en fasse la grâce. Amen.




Lorsque le Tentateur se fait pressant, il y a le Psaume qui aide à tenir bon :

Paume 124 (125) verset 3

"Le sceptre des méchants ne restera pas sur l'héritage des justes, afin que les justes ne portent pas aussi leurs mains vers l'iniquité."


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 13:47 (2017)    Sujet du message: Mercredi des Cendres

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