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Samedi 28 février après les Cendres

 
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Oceane
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Inscrit le: 02 Fév 2009
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MessagePosté le: Lun 2 Mar - 21:35 (2009)    Sujet du message: Samedi 28 février après les Cendres Répondre en citant


Samedi après les Cendres (Férie) 


Citation:

 

Livre d'Isaïe 58,9-14.
Alors tu appelleras, et Yahweh répondra tu crieras, et il dira : "Me voici !" Si tu bannis du milieu de toi le joug, le geste menaçant, les discours injurieux;
si tu donnes la nourriture à l'affamé, et si tu rassasies l'âme affligée ; Ta lumière se lèvera au sein de l'obscurité, et tes ténèbres brilleront comme le midi.
Et Yahweh te guidera perpétuellement, il rassasiera ton âme dans les lieux arides. Il donnera de la vigueur à tes os; tu seras comme un jardin bien arrosé, comme une source d'eau vive, qui ne tarit jamais.
Tes enfants rebâtiront tes ruines antiques; tu relèveras des fondements posés aux anciens âges ; on t'appellera le réparateur des brèches, le restaurateur des chemins, pour rendre le pays habitable.
Si tu t'abstiens de fouler aux pieds le sabbat, en t'occupant de tes affaires en mon saint jour, et que tu appelles le sabbat les délices, vénérable le saint jour de Yahweh, et que tu l'honores en ne poursuivant point tes voies, en ne te livrant pas à tes affaires et à de vains discours;
Alors tu trouveras tes délices en Yahweh, et je te transporterai comme en triomphe sur les hauteurs du pays, et je te ferai jouir de l'héritage de Jacob, ton père ; car la bouche de Yahweh a parlé.




Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc 6,47-56.  

En ce temps-là, le soir étant venu, la barque était au milieu de la mer, et Jésus était seul à terre.
Voyant qu'ils avaient beaucoup de peine à avancer, car le vent leur était contraire, vers la quatrième veille de la nuit, il vint vers eux en marchant sur la mer; et il voulait les dépasser.
Mais eux, le voyant marcher sur la mer, crurent que c'était un fantôme et poussèrent des cris.
Tous en effet le virent et ils furent troublés. Aussitôt il parla avec eux et leur dit : " Prenez confiance, c'est moi, ne craignez point. "
Et il monta auprès d'eux dans la barque, et le vent tomba. Ils étaient intérieurement au comble de la stupéfaction,
car ils n'avaient pas compris pour les pains, et leur cœur était aveuglé.
Ayant traversé, ils abordèrent à Génésareth et accostèrent.
Quand ils furent sortis de la barque, (des gens) l'ayant aussitôt reconnu,
parcoururent toute cette contrée, et l'on se mit à apporter les malades sur les grabats, partout où l'on apprenait qu'il était.
Et partout où il entrait, bourgs, ou villes, ou fermes, on mettait les malades sur les places, et on le priait de leur laisser seulement toucher la houppe de son manteau; et tous ceux qui pouvaient toucher étaient guéris.


Site PerIsum
http://www.peripsum.org/main.php?language=TRF&module=readings&local…
 

 
 
 
 



   
Citation:

SERMON POUR
LE SAMEDI APRÈS LES CENDRES,
SUR L'ÉGLISE (a).

 


Erat navis in medio mari.
Le navire était au milieu de la mer. Marc., VI, 47.

Le mystère de l'Évangile, c'est l'infirmité et la force unies, la grandeur et la bassesse assemblées. Ce grand mystère (b), Messieurs , a paru premièrement en notre Sauveur, où la puissance; divine et la faiblesse humaine s'étant alliées, composent ensemble ce tout admirable que nous appelons Jésus-Christ ; mais ce qui paraît en sa personne, il a voulu aussi le faire éclater dans l'Eglise qui est son corps, « où une partie triomphe par les miracles, l'autre succombe sous les outrages qu'elle reçoit : » Unum

(a) Premier point. — Dans l'homme, un esprit de contrariété à l'Evangile.
Eglise victorieuse dans les persécutions. Sœpe expugnaverunt me (Psal. CVIII, 3).
Second point.—Curiosité. Ses tempêtes. Ascendant usque ad coelos (Psal. CVI, 26). Ses bornes comme à la mer.
Autorité, infaillibilité de l'Eglise.
Troisième point. — Eglise diminuée en sa foi par la multiplication de ses enfants. Salvien. Multiplicati sunt super numerum (Psal. XXXIX, 6).
Pourquoi les bons parmi les méchants ?
Nulle impatience de ce mélange. 
Ce   sermon a été prêché le 21 février 1660, dans la maison des Nouveaux Catholiques.
La maison des Nouveaux Catholiques rendait aux hommes qui embrassaient la foi les mêmes services que la maison des Nouvelles Catholiques rendait aux femmes dans la même circonstance. Ces deux établissements avaient été dotés par le marquis de Morangis, et le premier se trouvait rue de Seine-Saint-Victor. La liste des prédicateurs qui devaient prêcher le Carême de 1660, après avoir nommé Bossuet pour l'église des Minimes, ajoute: « Aux filles Nouvelles Catholiques le premier vendredi de Carême, M. Bossuet; aux hommes Nouveaux Catholiques, le premier samedi, M. Bossuet. » Voir la note du sermon précédent.
(b) Var. : Ce mystère admirable.


horum coruscat miraculis, aliud succumbit injuriis (1). C'est pourquoi nous voyons dans son Ecriture (2) que tantôt cette Eglise est représentée comme une maison bâtie sur une pierre immobile, et tantôt comme un navire qui flotte au milieu des ondes au gré des vents et des tempêtes; si bien qu'il paraît, chrétiens, qu'il n'est rien de plus faible que cette Eglise, puisqu'elle est ainsi agitée ; et qu'il n'est rien aussi de plus fort, puisqu'on ne la peut jamais renverser et qu'elle demeure toujours immuable malgré les efforts de l'enfer. L'évangile de cette journée nous la représente « parmi les flots : » Erat navis in medio mari, « portée deçà et delà par un vent contraire : » Erat enim ventus contrarius (3). Et ce qui est de plus surprenant, c'est que Jésus, qui est son appui, semble l'abandonner à la tempête ; il s'approche « et il veut passer, » comme si son péril ne le touchait pas : Et volebat prœterire eos (4). Toutefois ne croyez pas qu'il l'oublie ; il permettra bien que les flots l'agitent, mais non pas qu'ils la submergent ni qu'ils l'engloutissent. Il commande aux vents, et « ils s'apaisent; il entre dans le navire, et il arrive sûrement au port : » Ascendit in navim, et cessavit ventus et applicuerunt (5), afin, Messieurs, que nous entendions qu'il n'y a rien à craindre pour l'Eglise, parce que le Fils de Dieu la protège. J'entreprends aujourd'hui de vous faire voir cette vérité importante ; et afin que vous en soyez convaincus plus facilement, je laisse les raisonnements recherchés pour l'établir solidement par expérience.
Considérez en effet, Messieurs, les trois furieuses tempêtes qui ont troublé l'état de l'Eglise. Aussitôt qu'elle a paru sur la terre, l'infidélité s'est élevée, et elle a excité les persécutions ; après, la curiosité s'est émue, et elle a fait naître les hérésies ; enfin la corruption des mœurs a suivi, qui a si étrangement soulevé les flots, « que la nacelle y a paru (a) presque enveloppée : » Ita ut navicula operiretur fluctibus (6). Voilà, mes frères, les trois tempêtes qui ont successivement tourmenté l'Eglise (b). Les infidèles se sont assemblés pour la détruire par les fondements; les hérétiques en sont

1 S. Léo, serm. III De Pass. Domin., cap. II. — 2 Luc., VI, 48. — 3 Marc., vi, 48. — 4 Ibid. — 5 Ibid. 51, 53. — 6 Matth., VIII, 24.

(a) Par. : Y a été. — (b) Dont l'Eglise a été tourmentée.

sortis pour lui arracher ses enfants et lui déchirer les entrailles ; et si enfin les mauvais chrétiens sont demeurés dans son sein, ce d'est que pour lui porter le venin jusque dans le cœur (a). Il faut donc bien, mes frères, que cette Eglise soit bien appuyée et bien fortement établie, puisqu'au milieu de tant de traverses, malgré l'effort des persécutions, elle s'est soutenue par sa fermeté; malgré les attaques de l'hérésie, elle a été la colonne de la vérité ; malgré la licence des mœurs dépravées, elle demeure le centre de la charité. Voilà le sujet de cet entretien et les trois points de cette méditation.


PREMIER POINT. 

         Comme l'Église n'a plus à souffrir la tempête des persécutions, je passerai légèrement sur cette matière ; et néanmoins je ne laisserai pas, si Dieu le permet, de toucher des vérités assez importantes. La première sera, chrétiens, qu'il ne faut pas s'étonner si l'Église a eu à souffrir quand elle a paru sur la terre, ni si le monde l'a combattue de toute sa force. Il était impossible qu'il ne fût ainsi ; et vous en serez convaincus, si vous savez connaître ce que c'est que l'homme. Je dis donc que nous avons tous dans le fond du cœur un principe d'opposition et de répugnance à toutes les vérités divines ; en telle sorte que l'homme laissé à lui-même, non-seulement ne peut les entendre, mais qu'ensuite il ne les peut souffrir ; et qu'en étant choqué au dernier point, il est comme forcé de les combattre. Ce principe de répugnance s'appelle dans l'Écriture « infidélité (1), » ailleurs « esprit de défiance (2), » ailleurs «esprit d'incrédulité (3). » Il est dans tous les hommes ; et s'il ne produit pas en nous tous ses effets, c'est la grâce de Dieu qui l'empêche.
Si vous remontez jusqu'à l'origine, vous trouverez, Messieurs, que deux choses produisent en nous cette répugnance : la première, c'est l'aveuglement; la seconde, la présomption. L'aveuglement, Messieurs, nous est représenté dans les Écritures par une façon de parler admirable. Elles disent que « les pécheurs ont

1 Luc., IX, 41, etc. — 2 Ephes., II, 2. — 3 Coloss., III, 6.
(a) Var. : Et enfin les mauvais chrétiens ne sont demeurés dans son spin qu'afin de porter le venin jusque dans son cœur.

oublié Dieu : » Omnes gentes quœ obliviscimtur Deum.— Obliti sunt verba tua inimici mei :—Intelligite hœc, qui obliviscimini Deum (1). Que veut dire cet oubli, mes frères? Il est bien aisé de le comprendre : c'est que Dieu, à la vérité, avait éclairé l'homme de sa connaissance, mais l'homme a fermé les yeux à cette lumière ; il s'est laissé mener par ses sens, peu à peu il n'a plus pensé à ce qu'il ne voyait pas, il a oublié aisément ce à quoi il ne pensait pas. Voilà Dieu dans l'oubli, voilà ses vérités effacées ; ne lui en parlez pas, c'est un langage qu'il ne connaît plus : Obliti sunt verba tua inimici mei. C'est pourquoi la même Ecriture voulant aussi nous représenter de quelle sorte les hommes retournent à Dieu : Reminiscentur : « Ils se souviendront ; » et ensuite qu'arrivera-t—il ? Et convertentur ad Dominum (2) . — « Ah ! ils se convertiront au Seigneur. » Quoi ! ils l'avaient donc oublié, leur Dieu, leur Créateur, leur Epoux, leur Père? Oui, mes frères, il est ainsi ; ils en ont perdu le souvenir. Cela va bien loin, si vous l'entendez; toute la connaissance de Dieu, toutes les idées de ses vérités, l'oubli comme une éponge a passé dessus et les a entièrement effacées ; ou s'il en reste encore quelques traces, elles sont si obscures qu'on n'y connaît rien. Voyez durant le règne de l'idolâtrie , durant qu'elle régnait sur toute la terre.
Ce serait peu que ce long oubli pour nous exciter à la résistance, si l'orgueil ne s'y était joint ; mais il est arrivé pour notre malheur que, quoique l'homme soit aveugle à l'extrémité, il est encore plus présomptueux. En quittant la sagesse de Dieu, il s'est fait une sagesse à sa mode; il ne sait rien, et croit tout entendre : si bien que tout ce qu'on lui dit qu'il ne conçoit pas, il le prend pour un reproche de son ignorance, il ne le peut souffrir, il s'irrite ; si la raison lui manque, il emploie la force, il emprunte les armes de la fureur pour se maintenir en possession de sa profonde et superbe ignorance. Jugez où les vérités évangéliques, si hautes, si majestueuses, si impénétrables, si contraires au sens humain et à la raison préoccupée, ont dû pousser cet aveugle présomptueux , je veux dire l'homme, et quelle résistance il fallait attendre d'une indocilité si opiniâtre. Voyez-la par expérience en la personne

1 Psal. IX, 18; CXVIIl, 139; XLIX, 22. — 2 Psal. XXI, 28.

de notre Sauveur. Qu'aviez-vous fait, ô divin Jésus, pour exciter contre vous ce scandale horrible? Pourquoi les peuples se troublent-ils (1) ? pourquoi frémissent-ils contre vous avec une rage si désespérée ? Chrétiens, voici le crime du Sauveur Jésus. Il a enseigné les vérités de son Père (2) ; ce qu'il a vu dans le sein de Dieu, il est venu l'annoncer aux hommes (3). Ces aveugles ne l'ont pas compris, et ils n'ont pas pu le comprendre : Animalis homo non potest intelligere (4). Ecoutez comme il leur reproche : « Pourquoi ne connaissez-vous pas mon langage ? Parce que vous ne pouvez pas prêter l'oreille à mon discours : » Quare loquelam meam non rognoscitis ? Quia non potestis audire sermonem meum,(5).
Mais peut-être ne l'entendant pas, ils se contenteront de le mépriser. Non, mes frères; ce sont des superbes; tout ce qu'ils n'entendent pas ils le combattent, « tout ce qu'ils ignorent ils le blasphèment (6). » C'est pourquoi Jésus-Christ leur dit : Vous me voulez tuer, méchants que vous êtes, parce que mon discours ne prend point en vous : » Quœritis me interficere, quia sermo meus non capit in vobis (7). Quelle fureur, mes frères, d'entreprendre de tuer un homme, parce qu'on n'entend pas son discours ! Mais il n'y a pas sujet de s'en étonner : il parlait des vérités de son Père à des ignorants opiniâtres. Comme ils n'entendaient pas ce divin langage, car il n'y a que les humbles qui l'entendent , ils ne pouvaient qu'être étourdis de la voix de Dieu; et c'est ce qui les excitait à la résistance. Plus les vérités étaient hautes, et plus leur raison superbe était étourdie, et plus leur folle résistance était enflammée. Il ne faut donc pas trouver étrange si Jésus leur prêchant, comme il dit lui-même, « ce qu'il avait appris au sein de son Père (8), » ils se portent à la dernière fureur et se résolvent de le mettre à mort par un infâme supplice : Quia sermo meus non capit in vobis.
Après cela pouvez-vous douter de ce principe d'opposition, qu'une ignorance altière et présomptueuse a gravé dans le cœur des hommes contre Dieu et ses vérités? Jésus-Christ l'a éprouvé le premier; son Eglise paraissant au monde pour soutenir la

1 Psal. II, 1. — 2 Joan., VIII, 28. — 3 Ibid., 18. — 4 I Cor., II, 14. — 5 Joan., VIII, 43. — 6 Jud., 10. — 7 Joan., VIII, 37. — 8 Ibid., 38.

même doctrine par laquelle ce divin Maître avait scandalisé les superbes, pouvait-elle manquer d'ennemis ? Non, mes frères, il n'est pas possible ; puisque la foi qu'elle professe vient étonner le monde par sa nouveauté, troubler les esprits par sa hauteur, effrayer les sens par sa sévérité, qu'elle se prépare à souffrir. Il faut qu'elle soit en haine à tout le monde ; et vous le savez, chrétiens, c'est une chose incompréhensible, ce qu'a souffert l'Eglise de Dieu durant près de quatre cents ans sous les empereurs infidèles. Il serait infini de le raconter ; concevez seulement ceci, qu'elle était tellement chargée et de la haine publique et des imprécations de toute la terre, qu'on l'accusait hautement de tous les désordres du monde. Si la pluie manquait aux biens de la terre, si les Barbares faisaient quelques courses et ravageaient, si le Tibre se débordait, les chrétiens en étaient la cause ; et tout le monde disait qu'il n'y avait point de meilleure victime pour apaiser la colère des dieux, que de leur immoler les chrétiens « par tout ce que la rage et le désespoir pouvaient inventer de plus cruel : » Per atrociora ingenia pœnarum (1). Qu'aviez-vous fait, Eglise, pour être traitée de la sorte? J'en pourrais rapporter plusieurs causes ; mais celle-ci est la principale : elle faisait profession de la vérité, et de la vérité divine ; de là ces cris de la haine, de là ces injustes persécutions. Si l'Eglise en a été agitée, elle n'en a pas été surprise. Elle sait bien connaître la main qui l'appuie, et elle se sent à l'épreuve de toutes sortes d'attaques.
Et à ce propos, chrétiens, saint Augustin se représente que les fidèles, étonnés de voir durer si longtemps la persécution, s'adressent à l'Eglise leur mère et lui en demandent la cause. Il y a longtemps, ô Eglise, que l'on frappe sur vos pasteurs, et les troupeaux sont dispersés. Dieu vous a-t-il oubliée ? (a) Les vents grondent, les flots se soulèvent; vous flottez deçà et delà battue des ondes et de la tempête ; ne craignez-vous pas d'être abîmée ? La réponse de l'Eglise est dans le psaume CXXVIII. — Mes enfants, je ne m'étonne pas de tant de traverses ; j'y suis accoutumée dès mon enfance : Sœpe expugnaverunt me à juventute meâ (2) : « Ces

1 Tertull., De Resurr. carn., n. 8. — 2 Psal. CXXVIII, 1.
(a) Note marg. : Si ce n'eût été qu'en passant..... Tant de siècles.....


mêmes ennemis qui m'attaquent m'ont déjà persécutée dès ma jeunesse. » L'Eglise a toujours été sur la terre ; dès sa plus tendre enfance elle était représentée en Abel, et il a été tué par Caïn son frère. Elle a été représentée en Enoch, et il a fallu le tirer du milieu des impies : Translatus est ab iniquis (1), sans doute parce qu'ils ne pouvaient souffrir son innocence. La famille de Noé, il a fallu la délivrer du déluge. Abraham, que n'a-t-il pas souffert des impies, son fils Isaac d'Ismaël, Jacob d'Esau? Celui qui était selon la chair, n'a-t-il pas persécuté celui qui était selon l'esprit (2)? Moïse, Elie, les prophètes, Jésus-Christ et les apôtres? Par conséquent, mon fils, dit l'Eglise, ne t'étonne pas de ces violences : Sœpe expugnaverunt me à juventute meâ : numquid ideo non perveni ad senectutem (3) ? Regarde mon antiquité, considère mes cheveux gris ; « ces cruelles persécutions dont on a tourmenté mon enfance, m'ont-elles empêchée de parvenir à cette vénérable vieillesse? » Si c'était la première fois, j'en serais peut-être troublée ; maintenant la longue habitude fait que mon cœur ne s'en émeut pas. Je laisse faire aux pécheurs : Supra dorsum meum fabricaverunt peccatores (4) : je ne tourne pas ma face contre eux, pour m'opposer à leur violence ; je ne fais que tendre le dos ; ils frappent cruellement, et je souffre sans murmurer. C'est pourquoi ils ne donnent point de bornes à leur furie : Prolongaverunt iniquitatem suam. Ma patience sert de jouet à leur injustice ; mais je ne me lasse point de souffrir, et je me souviens de celui qui a abandonné ses joues aux soufflets et n'a pas détourné sa face des crachats : » Faciem meam non averti ab increpantibus et conspuentibus in me (5). Quoique je semble toujours flottante, ne t'étonne pas ; la main toute-puissante qui me sert d'appui saura bien m'empêcher d'être submergée. — Que si Dieu la soutient avec tant de force contre la violence, pourrez-vous croire, Messieurs, qu'il la laisse accabler par les hérésies? Non, Messieurs ; ne le croyez pas : c'est ma seconde partie.

1 Hebr., XI, 5. — 2 Galat., IV, 29. — 3 In Psal. CXXVIII, n. 2, 3.— 4 Psal. CXXVIII, 3. — 5 Isa., I, 6.


SECOND POINT.  
  La seconde tempête de l'Église, c'est la curiosité qui l'excite : curiosité, chrétiens, qui est la peste des esprits, la ruine de la piété et la mère des hérésies. Pour bien entendre cette vérité, il faut remarquer avant toutes choses que la sagesse divine a donné des bornes à nos connaissances. Car comme cette Providence infinie voyant que les eaux de la mer se répandraient par toute la terre et en couvriraient toute la surface, lui a prescrit un terme qu'il ne lui permet pas de passer : ainsi sachant que l'intempérance des esprits s'étendrait jusqu'à l'infini par une curiosité démesurée, il lui a marqué des limites auxquelles il lui ordonne d'arrêter son cours. « Tu iras, dit-il, jusque-là, et tu ne passeras pas plus outre : » Usque hue gradieris, et non procèdes ampliùs, et hic confringes tumentes fluctus tuos (1). C'est pourquoi Tertullien a dit sagement que le chrétien ne veut savoir que fort peu de choses, parce que, poursuit ce grand homme, les choses certaines sont en petit nombre : Christiano paucis ad scientiam veritatis opus est, nam et certa semper in paucis (2). Il ne se veut pas égarer dans les questions infinies qui sont défendues par l'Apôtre : Infinitas quœstiones devita (3) ; il se resserre humblement dans les points que Dieu a révélés à son Église ; et ce qu'il n'a pas révélé, il trouve de la sûreté à ne le savoir pas; il déteste la vaine science que l'esprit humain usurpe, et il aime la docte ignorance que la loi divine prescrit : « C'est tout savoir, dit-il, que de n'en pas savoir davantage : » Nihil ultra scire, omnia scire est (4).Quiconque se tient dans ces bornes et sait régler sa foi par ce qu'il apprend de Dieu par l'Église, ne doit pas appréhender la tempête ; mais la curiosité des esprits superbes ne peut souffrir cette modestie : «Ses flots s'élèvent, dit l'Écriture, ils montent jusqu'aux deux, ils descendent jusqu'aux abîmes : » Exaltati sunt fluctus ejus, ascendunt usque ad cœlos et descendunt usque ad abyssos (5). Voilà une agitation bien violente ; c'est une vive image des esprits curieux. Leurs pensées vagues et agitées se poussent

1 Job, XXXVIII, 11. — 2 De Animâ, n. 2. — 3 Tit., III, 9. — 4 Tertull., De Prœscr. advers. Hœres., n. 14. — 5 Psal. CVI, 25, 26.

comme des flots les unes les autres; elles s'enflent, elles s'élèvent démesurément : il n'y a rien de si élevé dans le ciel, ni rien de si caché dans les profondeurs de l'enfer où ils ne s'imaginent de pouvoir atteindre : Ascendunt usque ad cœlos ; et les conseils de sa Providence, et les causes de ses miracles, et la suite impénétrable de ses mystères, ils veulent tout soumettre à leur jugement : Ascendunt. Malheureux, qui s'agitant de la sorte, ne voient pas qu'il leur arrive comme à ceux qui sont tourmentés par la tempête : Turbati sunt, et moti sunt sicut ebrius : « Ils sont troublés comme des ivrognes ; » la tête leur tourne dans ce mouvement : Et omnis sapientia eorum devorata est (1) : « Là toute leur sagesse se dissipe; » et ayant malheureusement perdu la route, ils se heurtent contre des écueils, ils se jettent dans les abîmes, ils s'égarent dans des hérésies. Àrius, Nestorius, votre curiosité vous a perdus. Voilà la tempête élevée par la curiosité des hérétiques : c'est par là qu'ils séduisent les simples, parce que, dit saint Augustin (2) « toute âme ignorante est curieuse : » Omnis anima indocta curiosa est : — Cela est nouveau, écoutons. — Arius, Nestorius, etc., pourquoi cherchez-vous ce qui ne se peut pas trouver? Ampliùs quœrere non licet, quàm quod inveniri licet (3).
Pour empêcher les égarements de cette curiosité pernicieuse, le seul remède, mes frères, c'est d'écouter la voix de l'Église et de soumettre son jugement à ses décisions infaillibles. Je parle à vous, enfants nouveaux nés que l'Église a engendrés : c'est sur la fermeté de cette Eglise qu'il faut appuyer vos esprits, qui seraient flottants sans ce soutien. Êtes-vous curieux de la vérité? voulez-vous voir? voulez-vous entendre? Voyez et écoutez dans l'Église : Sicut audivimus, sic vidimus : « Nous avons ouï et nous avons vu, » dit David; et où? In civilate Domini virtutum (4) : « En la cité de notre Dieu, » c'est-à-dire en sa sainte Eglise. « Celui qui est hors de l'Eglise, dit saint Augustin, quelque curieux qu'il soit, de quelque science qu'il se vante, il ne voit ni n'entend; quiconque est dans l'Église, il n'est ni sourd ni aveugle : » Extra illam qui est, nec audit nec videt; in illà qui est, nec surdus nec cœcus est (5).

1 Psal. CVI, 27. — 2 De Agon. Christ., n. 4. — 3 Tertull., De Animà, n. 2. — 4 Psal. XLVII, 9. — 5 In Psal. XLVII, n. 7.

Donc s'il est ainsi, chrétiens, que notre curiosité n'aille pas plus loin. L'Église a parlé, c'est assez : cet homme est sorti de l'Église; il prêche, il dogmatise, il enseigne : — Que dit-il? que prêche-t-il? quelle est sa doctrine? — O homme vainement curieux! je ne m'informe pas de sa doctrine; il est impossible qu'il enseigne bien, puisqu'il n'enseigne pas dans l'Église. Un martyr illustre, un docteur très-éclairé, saint Cyprien... Antonianus, un de ses collègues, lui avait écrit au sujet de Novatien, schismatique, pour savoir de lui par quelle hérésie il avait mérité la censure; le saint docteur lui fait cette belle réponse : Desiderasti ut rescriberem tibi quam hœresim Novatianus introduxisset.....Quisque ille fuerit, multùm de se licet jactans et sibi plurimùm vindicans, profanus est, alienus est, foris est (1) : « Pour ce qui regarde Novatien, duquel vous désirez que je vous écrive quelle hérésie il a introduite, sachez premièrement que nous ne devons pas même être curieux de ce qu'il enseigne, puisqu'il enseigne hors de l'Église; quel qu'il soit et de quoi qu'il se vante, il n'est pas chrétien, n'étant pas en l'Église de Jésus-Christ. »
L'orgueil des hérétiques s'élève : Quoi! je croirai sur la foi d'autrui! Je veux voir, je veux entendre moi-même. — Langage superbe! Reconnaissez-le, mes chers frères; c'est celui que vous parliez autrefois. L'Église l'a dit : n'est-ce pas assez? — Mais elle se peut tromper ? — Enfant qui déshonores ta mère, en quelle Écriture as-tu lu que l'Église puisse tromper ses enfants? Tu reconnais qu'elle est mère; elle seule peut engendrer les enfants de Dieu; si elle peut les engendrer, qui doute qu'elle puisse les nourrir? Certes la terre, qui produit les plantes, leur donne aussi leur nourriture; la nature ne fait jamais une mère, qu'elle ne fasse en même temps une nourrice. L'Église sera-t-elle seule qui engendrera des enfants et n'aura point de lait à leur donner? Ce lait des fidèles, c'est la vérité, c'est la parole de vie. Enfants dénaturés, si j'ai des entrailles qui vous ont portés, j'ai des mamelles pour vous allaiter (a) : voyez, voyez le lait qui en coule, la parole de vérité qui en distille; approchez-vous, sucez et vivez, et ne portez pas

1 Cypr., Epist. LII ad Anton., p. 66, 68.
(a) Var. : Qui sortez des entrailles et rejetez les mamelles, voyez...



votre bouche à des sources empoisonnées. — Mais il faut connaître quelle est cette Eglise.— Ah! qu'il est bien aisé d'exclure la vôtre dressée de nouveau, ô Église bâtie sur le sable! Vous croyez, ô divin Jésus, avoir bâti sur la pierre; c'est sur un sable mouvant : c'est la confession de foi. Donc votre édifice est tombé par terre, il a fallu que Luther et Calvin vinssent le dresser de nouveau. Mes enfants, respectez mes cheveux gris; voyez cette antiquité vénérable : je ne vieillis pas, parce que je ne meurs jamais; mais je suis ancienne. Pourquoi vous vantez-vous de m'avoir rétablie? Quoi ! vous avez fait votre mère ! Mais si vous l'avez faite, d'où êtes-vous nés? Et vous dites que je suis tombée! Je suis sortie de tant de périls.
Laissons-les errer, mes frères; Dieu n'a perdu .pour cela pas un des siens. Ils étaient de la paille, et non du bon grain : le vent a soufflé, et la paille s'en est allée ; « ils s'en sont allés en leur lieu (1) : ils étaient parmi nous, mais ils n'étaient point des nôtres (2). » Pour nous, enfants de l'Église, et vous que l'on avait exposés dehors comme des avortons, et qui êtes enfin rentrés dans son sein, apprenez à n'être curieux qu'avec l'Église, à ne chercher la vérité qu'avec l'Église, et retenez cette doctrine. Dieu aurait pu sans doute, car que peut-on dénier à sa puissance? il aurait pu nous conduire à la vérité par nos connaissances particulières ; mais il a établi une autre conduite; il a voulu que chaque particulier fit discernement de la vérité, non point seul, mais avec tout le corps et toute la communion catholique, à laquelle son jugement doit être soumis. Cette excellente police est née de l'ordre de la charité, qui est la vraie loi de l'Église. Car si quelqu'un cherchait en particulier, et si les sentiments se divisaient, les cœurs pourraient enfin être partagés. Mais pour nous unir tous ensemble par le lien d'une charité indissoluble, pour nous faire chérir davantage la communion et la paix, il a établi cette loi. Voulez-vous entendre la vérité, allez au sein de l'unité, au centre de la charité; c'est l'imité catholique qui sera la chaste mamelle d'où coulera sur vous le lait
(a) de la doctrine évangélique, tellement que l'amour de la

1 Act., I, 25. — 2 I Joan., II, 19.
(a) Var. : D'où vous prendrez le lait.

vérité est un nœud qui nous lie à l'imité et à la société fraternelle. Nous sommes membres d'un même corps : cherchons tous ensemble, laissons faire les fonctions à chaque membre, laissons voir les yeux, laissons parler la bouche. Il y a des pasteurs à qui le Saint-Esprit même a appris à dire sur toutes les contestations qui sont nées : « Il a plu au Saint-Esprit et à nous (1). » Arrêtons-nous là, chrétiens, et « ne soyons pas plus sages qu'il ne faut; mais soyons sages avec retenue (2) » et selon la mesure qui nous est donnée.


TROISIÈME POINT.  
  Jusqu'ici, mes frères, tout ce que j'ai dit est glorieux à l'Église : j'ai publié sa constance dans les tourments, sa victoire sur les hérésies; tout cela est grand et auguste; mais que ne puis-je maintenant vous cacher sa honte, je veux dire les mœurs dépravées de ceux qu'elle porte en son sein ? Mais puisqu'à ma grande douleur cette corruption est si visible et que je suis contraint d'en parler, je commencerai à la déplorer par les éloquentes paroles d'un saint et illustre écrivain. C'est Salvien, prêtre de Marseille, qui dans le premier livre qu'il a adressé à la sainte Église catholique , lui parle en ces termes : « Je ne sais, dit-il, ô Église, de quelle sorte il est arrivé que ta propre félicité combat tant contre toi-même, tu as presque autant amassé de vices que tu as conquis de nouveaux peuples : » Nescio quomodo pugnante contra temetipsam tua felicitate, quantum tibi auctum est populorum, tantùm penè vitiorum (3). « La prospérité a attiré les pertes ; la grandeur est venue, et la discipline s'est relâchée. Pendant que le nombre des fidèles s'est augmenté, l'ardeur de la foi s'est ralentie ; et l'on t'a vue, ô Église, affaiblie par ta fécondité, diminuée par ton accroissement et presque abattue par tes propres forces : » Quantum tibi copiœ accessit, tantùm disciplinœ recessit... Multiplicatis fidei populis, fides imminuta est...., factaque es, Ecclesia, profectu tuœ fœcunditatis infirmier atque accessu relabens, et quasi viribus minus valida (4). Voilà une plainte bien éloquente ; mais, mes frères, à notre honte elle n'est que trop véritable. L'Église
1 Act., XV, 28. — 2 Rom., XII, 3. — 3 Adver. Avarit., lib. I, n. 1.— 4 Ibid.

n'est faite que pour les saints : il est vrai, les enfants de Dieu y sont appelés de toutes parts, tous ceux qui sont du nombre y sont entrés; mais plusieurs y sont entrés par-dessus le nombre : » Multiplicati sunt super numerum (1). L'ivraie est crue avec le bon grain ; et la charité s'étant refroidie, le scandale s'est élevé jusque dans la maison de Dieu. Voilà ce qui scandalise les faibles, voilà la tentation des infirmes. Quand vous verrez, mes frères, l'iniquité qui lève la tête au milieu même du temple de Dieu, Satan vous dira : Est-ce là l'Eglise ? sont-ce là les successeurs des apôtres ? et il tâchera de vous ébranler, imposant à la simplicité de votre foi.


Il faudrait peut-être un plus long discours pour vous fortifier contre ces pensées; mais étant pressé par le temps, je dirai seulement ce petit mot, plein de consolation et de vérité. Ne croyez pas, mes frères, que l'homme ennemi qui va semer la nuit dans le champ (2), puisse empêcher de croître le bon grain du père de famille, ni lui ôter sa moisson. Il peut bien la mêler, remarquez ceci, il peut bien semer par-dessus ; mais il ne peut pas ni arracher le froment, ni corrompre la bonne semence. Il y en a qui profanent les sacrements ; mais il y en a toujours qu'ils sanctifient. Il y a des terres sèches et pierreuses où la parole tombe inutilement; mais il y a des champs fertiles où elle fructifie au centuple. Il y a des gens de bien, il y a des saints : le bras de Jésus-Christ n'est pas affaibli ; l'Eglise n'est pas devenue stérile ; le sang de Jésus-Christ n'est pas inutile ; la parole de son Evangile n'est pas infructueuse à l'égard de tous. Déplorez donc, quand il vous plaira, la prodigieuse corruption de mœurs qui se voit même dans l'Eglise; je me joindrai à vous dans cette plainte; je confesserai , avec saint Bernard (3), « qu'une maladie puante infecte quasi tout son corps. » Non, non, le temple de Dieu n'en est pas exempt : Jésus-Christ en enrichit qui le déshonorent ; Jésus-Christ en élève qui servent à l'Antéchrist ; l'iniquité est entrée comme un torrent ; on ne peut plus noter les impies, on ne peut plus les fuir, on ne peut plus les retrancher; tant ils sont forts, tant ils sont puissants, tant le nombre en est infini; la maison de Dieu n'en est pas exempte. Mais au milieu de tous ces désordres, sachez

1 Psal. XXXIX, 6.— 2 Matth., XIII, 24 et seq.— 3 Serm., XXXIII in Cant., n. 15.

que «Dieu connaît ceux qui sont à lui (1). » Jetez les yeux dans ces séminaires; combien de prêtres très-charitables! dans les cloîtres, combien de saints pénitents ! dans le monde, combien de magistrats !..... combien qui « possèdent comme ne possédant pas, qui usent du monde comme n'en usant pas, sachant bien que la figure de ce monde passe (2) ! » Les uns paraissent, les autres sont cachés, selon qu'il plaît au Père céleste ou de les sanctifier par l'obscurité, ou de les produire parle bon exemple.
— Mais il y a aussi des méchants, le nombre en est infini, je ne puis vivre en leur compagnie.— Mon frère, où irez-vous ? Vous en trouverez par toute la terre; ils sont partout mêlés avec les bons. Ils seront séparés un jour, mais l'heure n'en est pas encore arrivée. Que faut-il faire en attendant? Se séparer de cœur, les reprendre avec liberté afin qu'ils se corrigent ; et s'ils ne le font, les supporter en charité afin de les confondre. Mes frères, nous ne savons pas les conseils de Dieu. Il y a des méchants qui s'amenderont, et il les faut attendre en patience; il y en a qui persévéreront dans leur malice, et puisque Dieu les supporte, ne devons-nous pas les supporter? Il y en a qui sont destinés pour exercer la vertu des uns, venger le crime des autres; on les ôtera du milieu quand ils auront accompli leur ouvrage : laissez accoucher cette criminelle avant que de la faire mourir. Dieu sait le jour de tous; il a marqué dans ses décrets éternels le jour de la conversion des uns, le jour de la damnation des autres ; ne précipitez pas le discernement. «Aimez vos frères, dit saint Jean (3), et vous ne souffrirez point de scandale ; » pourquoi? Parce que, dit saint Augustin (4) « celui qui aime son frère, il souffre tout pour l'unité : » Qui diligit fratrem, tolerat omnia propter unitatem.
Aimons donc, mes frères, cette unité sainte; aimons la fraternité chrétienne, et croyons qu'il n'y a aucune raison pour laquelle elle puisse être violée. Que les scandales s'élèvent, que l'impiété règne dans l'Eglise, qu'elle paraisse, si vous voulez, jusque sur l'autel; c'est là le triomphe de la charité, d'aimer l'unité catholique malgré les troubles, malgré les scandales, malgré les

1 II Timoth., II, 19. — 2 I Cor., VII, 30, 31. — 3 I Joan., II, 10. — 4 Tract. I in Epist. Joan., n. 12.

dérèglements de la discipline, Gémissons-en devant Dieu; reprenons-les devant les hommes, si notre vocation le permet; mais si nous avons un bon zèle, ne crions pas vainement contre les abus, mettons la main à l'œuvre sérieusement et commençons chacun par nous-mêmes la réformation de l'Eglise. Mes enfants, nous dit-elle, regardez l'état où je suis; voyez mes plaies, voyez mes ruinas. Ne croyez pas que je veuille me plaindre des anciennes persécutions que j'ai souffertes, ni de celle dont je suis menacée à la fin des siècles : je jouis maintenant d'une pleine paix sous la protection de vos princes, qui sont devenus mes enfants, aussi bien que vous. Mais c'est cette paix qui m'a désolée : Ecce, ecce in pace amaritudo mea amarissima (1). Il m'était certainement bien amer, lorsque je voyais mes enfants si cruellement massacrés; il me l'a été beaucoup davantage, lorsque les hérétiques se sont élevés et ont arraché avec, eux, en se retirant avec violence, mie grande partie de mes entrailles : mais les blessures des uns m'ont honorée , et quoique touchée au dernier point de la retraite des autres, enfui ils sont sortis de mon sein comme des humeurs qui me surchargeaient. Maintenant, « maintenant mon amertume très-amère est dans la paix : » Ecce in pace amaritudo mea amarissima. C'est vous, enfants de ma paix, c'est vous, mes enfants et mes domestiques, qui me donnez les blessures les plus sensibles par vos mœurs dépravées; c'est vous qui ternissez ma gloire, qui me portez le venin au cœur, qui couvrez de honte ce front auguste sur lequel il ne devait paraître ni tache, ni ride (2). Guérissez-moi, etc.
Que reste-t-il après cela, sinon qu'elle vous parle des intérêts de ces nouveaux frères que sa charité vous a donnés? elle vous les recommande. Le schisme lui a enlevé tout l'Orient ; l'hérésie a gâté tout le Nord. O France, qui étais autrefois exempte de monstres, elle t'a cruellement partagée ! Parmi des ruines si épouvantables, l'Église, qui est toujours mère, tâche d'élever un petit asile pour recueillir les restes d'un si grand naufrage, et ses enfants dénaturés l'abandonnent dans ce besoin. Le jeu engloutit tout; ils jettent dans ce gouffre des sommes immenses; pour cette

1 Isa., XXXVIII, 17. — 2 Ephes., V, 27.


œuvre de piété si nécessaire, il ne se trouve rien dans la bourse. Les prédicateurs élèvent leur voix avec toute l'autorité que leur donne leur ministère, avec toute la charité que leur inspire la compassion de ces misérables; et ils ne peuvent arracher un demi-écu, et il faut les aller presser les uns après les autres, et ils donnent quelque aumône chétive, faible et inutile secours, et encore ils s'estiment heureux d'échapper, au lieu qu'ils devraient courir d'eux-mêmes pour apporter du moins quelque petit soulagement à une nécessité si pressante. O dureté des cœurs ! ô inhumanité sans exemple! mes chers frères, Dieu vous en préserve! Ah ! si vous aimez cette Église dont je vous ai dit de si grandes choses, laissez aujourd'hui, en ce lieu où elle rappelle ses enfants dévoyés, quelque charité considérable.



Ainsi soit-il.




Jacques Bénigne BOSSUET
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/bossuet/volume008/043.htm








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MessagePosté le: Lun 2 Mar - 21:35 (2009)    Sujet du message: Publicité

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